Logo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le retable de Bécquigny
 
Ce joli petit village caché dans la verdure, a la chance, si l’on peut dire de posséder deux églises. Elles sont toutes deux patronnées par Saint Martin, si présent dans notre Picardie.
 
Celle qui s’élève au milieu du cimetière est la plus intéressante de par son âge, et les quelques sculptures ornant les chapiteaux romans qu’elle possède ; il s’agit d’un monument du XII° siècle, probablement remanié au XVI°, qui était encore en usage jusqu’à la grande guerre, pendant laquelle il fut détruit.
 
Au centre du bourg se trouve une autre église Saint Martin, édifiée lors de la reconstruction, en remplacement de la précédente. En elle-même, on ne peut pas lui attribuer de valeur architecturale notable, hormis le fait d’être caractéristique de cette époque de la reconstruction. Elle est construite en brique, couverte d’ardoises et dans un remarquable état d’entretien. Un beau coq girouette surmonte fièrement le clocher.
 
Il faut cependant s’y arrêter et si possible y entrer. Elle possède un Christ en croix de toute beauté, des vitraux représentant l’un Saint Martin, l’autre Saint Sébastien, dus maitre verrier Jacques Gruber, et surtout un retable-autel que l’on peut dater du XVII° siècle. On pense qu’il proviendrait d’un collège de Jésuites d’Amiens, et il avait été installé dans l’ancienne église du cimetière dont nous avons parlé plus haut. Lors de sa destruction il a pu être déplacé et fut sauvé en trouvant sa place ici ; ce qui est le plus étonnant, c’est qu’il semble que cette église a été construite spécifiquement pour lui. Il trouve en effet sa place et juste sa place au mur du chœur, ceci justifiant cela. C’est donc un ensemble très important en taille, et très décoré de nombreuses scènes de la bible. De plus il semble intact, dans un excellent état de conservation, ce qui est particulièrement rare pour ces mobiliers.
 
Le retable, comme son nom le suggère (du latin retro tabula altaris) est une construction verticale qui se dresse en arrière de l’autel ; à l’origine, il permet d’exposer des objets liturgiques, d’autant que la table de l’autel étant le symbole du Christ, il est interdit d’y poser quoi que ce soit. Il est aussi un rappel de l’antependium ou devant de l’autel, et a l’avantage, pour les fidèles, d’une meilleure visibilité. Il deviendra une œuvre d’éducation et un moyen de communication du message de l’Eglise, un peu comme avant les peintures murales et les vitraux. On y montrera donc des scènes de la bible, des Mystères et la Passion du Christ, sachant bien ainsi que l’écrit Saint Bernard que « un chrétien insensible au récit de la Passion n’est sauvé par aucune vertu », et que « chacun peut œuvrer à son salut ».